Ce n’est pas la saison

4 04 2017

Ce n’est pas la saison, il pleut, comme si on était l’automne, avant ça me faisait sourire, là je ne sais plus. Ce n’est pas les nuits plus courtes depuis qu’on m’a volé une heure, une toute petite heure, que j’aurais dû récupérer de l’autre côté. Ce n’est pas le temps qui fait son oeuvre sur mes presque quarante années de vie. C’est juste l’espace, voir un trou noir, comme une saveur de néant depuis trop longtemps. Ce goût de vide sans que je me sois lancé de dedans. Ce goût fade, d’absence de goût, d’absence d’envie. Je traine, je traine mon cul dans mon appartement, quand je ne suis pas là, j’y rêve. La seule envie c’est de me couper du monde, attendre que ça passe, ça a toujours passé, là ça ne passe pas. Comme un os de poulet de travers dans la gorge, comme une balle de golf dans un tuyau d’arrosage, comme un jambon dans le chat d’une aiguille. Je tente de voir, de percevoir, de me changer les idées, de rencontrer. Je ne rencontre pas. Je n’ai ni l’envie ni la capacité morale d’entretenir une discussion, la base de ce que je suis. Je suis seul, je n’ai pas d’enfant, un chat, un diplôme d’études collégial, un appartement, une quarantaine d’années sans encore les dépasser, j’ai ai rien n’a foutre de la politique, parce qu’elle est trop restreinte, de même que de la religion, pour les mêmes raisons. J’ai une opinion sur un peu tout, mais je ne crois pas que personne n’ait raison, moi le premier. Je me plais à croire que si les gens s’écoutaient un peu plus, on s’entendrait bien. J’ai déjà eu des passions, je peux te citer celle que j’avais dans le temps où je trouvais ça cool d’en parler. Maintenant, je n’ai pas envie d’en parler, j’en profite juste pour les vivre. J’aime être seul, dans le noir, entouré d’inconnus, entendre la première note d’un instrument quelconque, fermer mes yeux, me laisser porter. Je ne suis plus capable de te dire ce que j’aime parce que j’ai épuisé toutes mes chances. Je ne sais pas combien j’en avais, mais je sais que je suis pas mal au bout. Je suis tombé dans l’air comateux, je fais les choses par habitude, j’en oublie certaines. Je n’ai plus le vertige, car je ne suis plus amoureux, mon souffle constant ne me manque jamais. Je respire, j’imagine que je vis. Je vis assez pour me blesser de temps en temps, me faire mal, me faire réaliser que je suis encore là quelque part. J’ai l’impression d’être celui qui se taillade la chaire à la lame de rasoir simplement pour se punir, se punir sans vraiment avoir de raison, mais je le mérite surement quelque part. Je n’en fais rien, personne ne voit les marques de mes blessures, peut-être sont-elles trop profondes? Je n’ai pas cette force de caractère de me mutiler de cette façon, je préfère la méthode douce, le verre de trop qui n’arrive jamais seul, celui traitre qui  arrive quand on s’y attend le moins, celui qui nous fait nous rappeler le lendemain que l’on ne se souvient que de peu de choses de la veille, sinon que la tête veut nous exploser que l’on regrette amèrement ce qui c’est passé, simplement parce que ce goût amer ne nous quitte plus. Puis le temps passe en se disant, plus jamais, jusqu’à la prochaine fois. La prochaine fois où je poserai mes yeux sur celle ou lorsque je ne l’aurai qu’en pensée, cette fois où la douleur sera trop grande et où je l’endormirai de vapeur éthylique, simplement pour que ça passe doucement. C’est comme le printemps, ce n’est pas la saison, mais quand même, je me remets toujours en question, parce que les cercles concentriques que l’on peut compter sur mon bras couper laissent savoir qu’une autre année vient de passer.

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2 responses

6 04 2017
Les Délires d'Océane

Ca laisse encore une fois sans voix… Comme si on avait atteint le plus profond désespoir, sans retour arrière, ou bien nouvelle voie

8 04 2017
Scare Crow

Merci pour le commentaire! J’espère quand même que c’est vers une nouvelle voie… 😉

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