La vague

6 10 2018

Bon matin,

Je t’écris parce que je t’aime, tout simplement. Je sais que tu me connais et que je ne dis pas les choses aussi simplement. J’ai vu samedi, tes yeux se remplir d’eau quand tu as vu mon tableau. Quand tu as vu « Bonne fête papa » en grosse lettre blanche sur mon tableau noir. Je voulais simplement que tu saches que lorsque je l’ai écrit, j’ai pleuré, ça m’a pris un temps fou à écrire ces treize petites lettres-là, pas par manque d’inspiration, mais parce que chaque lettre était aussi lourde que les quatorze années qui nous séparent de lui. Je sais que le temps passe et que les souvenirs semblent toujours aussi lourds pour toi. J’imagine que c’est normal à quelques parts, tu n’as pas vécu la même chose que moi, du moins pas de la même manière. Quand je te dis que la mort fait partie de la vie, simplement pour que toute cette expérience soit plus acceptable, plus douce, toi tu veux raccrocher, t’en aller, ne plus en parler. Je ne tente jamais de te retenir, je sais que ça fait mal, je ressens ce mal qui t’habite, c’est un peu pour cela que j’insiste pour alléger ta peine. Maintenant, tu essaies même de reproduire l’événement, en vrai, pas juste dans ta tête, encore et encore, tu entres dans cette croisade pour la vie en t’attachant à un autre qui disparait peu à peu. J’aimerais te prêter ma tête, simplement pour que tu puisses accepter qu’il soit parti, qu’il partira, qu’il ne s’en sortira pas, qu’il ne reviendra pas. Je vois toujours cette tristesse dans tes yeux, j’aimerais tellement la soulager, te donner un moment de répit, ne serait-ce qu’une minute. Je vois encore cette vague qui arrive, qui repartira avec celui que tu aimes, qui te laissera seule sur la rive, les yeux vers l’horizon, à chercher papa dans le creux d’une vague, en attendant qu’il refasse surface. N’oublie jamais que quand tu seras pris dans ce creux de vague, je serai là à côté de toi parce que je t’aime maman.

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Chercher le trouble

22 07 2018

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ? J’ai payé plus de trois cents dollars pour me faire démolir la gueule, je ne me suis même pas rendu au dernier round. Il m’a fallu seulement le 13e pour que je le sente profond, une boule dans la gorge, de l’eau dans le coin des yeux, un punch directement là où ça fait mal. Je le savais un peu avant même de me lancer dans l’expérience. Si j’avais à en choisir un, ça aurait été celui-là, celui-là même du pourquoi j’étais là, parce que c’est toi qui m’y as mené quelque part. J’ai quand même décidé de le faire, par nostalgie, par masochisme, par inconscience, pour prendre conscience. J’ai manqué partir, pour pleurer en boule dans un coin, mais je suis resté là au grand soleil à me calmer, à tenter de reprendre mon souffle, tenter de me convaincre que j’avais fait la bonne affaire. La bonne affaire… relativement j’ai surement raison, sur le coup, quel coup! J’ai voulu être sûr de mon coup, j’ai pris 31 représentations en 20 jours, rien de moins, que du bon cinéma sinon, que la fille qui se transforme en sirène, t’aurais vraiment aimé, plus pour la forme que pour le film. Les douze premières fois, je t’ai cherché du regard, à travers la foule, dans les avants, les pendants ou les après-représentations. La 13e fois je savais que c’était elle là, ça avait tellement de sens, je savais même d’où tu arriverais, c’est toi qui m’avais montré le chemin. Quand je t’ai vu, le bonheur s’est transformé rapidement de joie, à malaise pour finir en tristesse. T’étais pas seule, qu’est-ce que je croyais. J’ai toujours été un grand rêveur, celui qui s’accroche trop longtemps pensant que ça va changer. L’éternel positif, qui voit le bon derrière chaque personne, qui se pète la face dans le mur pour les mêmes raisons. Je t’ai toujours voulu heureuse, j’espère que tu l’es maintenant, semble que je ne t’aimais pas comme tu le voulais, c’est un peu comme ça dans la vie, on s’attend toujours à quelque chose de différent, on s’autoconvainc que c’est une bonne idée, quand on recule, on pense encore que c’est une bonne idée. Du moins moi j’y crois. Je me suis rendu compte d’une chose, que même si je pense tous les jours à hier, que je fais du bruit pour me rendre compte d’aujourd’hui, je sais que demain ça passera, ça toujours passé, là c’est juste que je n’étais pas rendu là, ça m’a pris par surprise. C’est quand même moins cher qu’une thérapie que d’aller voir des films pendant 20 jours.





On se manque

6 05 2018

On se manque toujours, par le hasard des choses, par habitude ou par conséquent. On se manque toujours, d’un poil, de cheveux, d’une seconde. Je trouvais drôle qu’on se manque tant, car quand je te manque, tu me manques terriblement. J’en finis même par mélanger les concepts qui deviennent un peu flous avec le temps. N’être pas arrivé à temps ou être parti trop tôt. Simplement éviter, connaitre, savoir pour m’assurer d’être ou ne pas être là. Toi quand tu me manques c’est pas pareil, on dirait que tout tourne autour de moi, pas par égoïsme, mais par amour.

Amoureuse… dans amoureuse, je n’existe pas, tu es amoureuse de moi, mais je n’ai rien à y voir. Sinon peut-être que le nom, l’idée que l’on se fait, mais je ne suis pas dans l’équation. C’est sans égal, sans être négatif ni positif. C’est réaliste, mais pas vraiment réel, ça existe, mais ça ne compte pas. On est l’idée projetée d’un concept un peu flou qu’on a appelé l’amour quelque part où on ne savait pas comment exprimer ce que l’on ressentait, quelque part où l’on croyait bien faire, et pas mal faire, bien… mal. Certains détruisent, d’autres s’inventent, chacun tente de faire différent, de faire vrai, de faire son possible pour être heureux. Concept que j’ai perdu un peu avec le temps, heureux… malheureux, aucun des deux. Je suis satisfait, insatisfait, je suis drôle, je suis triste, je suis seul… mais heureux qu’est-ce que c’est?

Je suis fatigué de manquer de toi, de tout, de nous. J’empile les souvenirs, les secondes qui passent à travers la poussière, le silence et la solitude. Je regarde mes projets de haut, mais c’est eux qui m’ont dépassé. Je suis dépassé, je vois tout trop grand, trop vaste, j’ai le vertige. Je perds l’équilibre, sur le fil, sur la corde raide. Au moment où je n’y crois plus, un message sur mon téléphone, rassurant quelque part, je sais que quelqu’un veut la même chose que moi même si on ne se rejoint pas. Je suis l’éternel optimiste qui s’accroche à la petite portion d’humanité qui reste tant bien chrétienne, mais qui me rappelle une chose, la valeur de mes valeurs, l’amour d’un rêve qui s’est estompé trop vite, mais qu’au fond de moi, je continue à caresser.





Sensible

25 02 2018

Je suis seul. C’est peut-être plus simple maintenant, moins douloureux. C’est vraiment triste par contre, parce qu’à deux c’était bien dans le temps, quand on partageait nos soupers, nos soupirs, nos sourires et nos désirs. Seul, je fais la même chose qu’à deux. Le sexe est plus platonique seul, tout comme les déjeuners, les diners, les soupers. C’est peut-être juste à cause de la vie tout ça. C’est peut-être juste parce qu’à un moment donné, je suis trop resté moi, je n’ai pas pu être différent au début, je n’ai pas pu être sur un High fictif qui fait qu’on a un Down horrible avec le temps, quand on retombe les pieds sur terre, quand l’autre se rend contre qu’on est peut-être plus terne qu’on le pensait. Le mur, qui arrive un jour ou l’autre, en plein visage, sans prévenir. Celui qui fait craquer les os du corps lors de la force d’impact, qui nous laisse tout mous, tout flasques sur le sol. J’avais décidé de ne pas aller là, pour faire différent, pour me rassurer, pour me protéger de l’impact du mur, sans savoir s’il viendrait un jour. Quand le mur est arrivé, ça fait moins mal, mais ce n’était pas moins désagréable dans l’ensemble. Je suis capable de ça parce que docteur m’a un petit peu hypnotisé dans le temps, m’a juste fait voir ma vraie couleur parce que je croyais que je ne méritais pas l’amour qu’on voulait me donner. Toujours une peur quelconque non fondée qui tournait dans ma tête, qui m’emportait, loin de la réalité, loin de ce que j’étais en train de manquer, loin de ce que je perdais chaque fois que je le faisais. Moi qui n’a jamais trompé personne, moi qui pense toujours à l’autre, qui à toujours une attention inattendue, une surprise surprenante, une oreille qui ne fait pas juste se tendre ou prétendre. Quand souffle devenait un ouragan, qui m’emportait dans le doute, la crainte, mais surtout l’angoisse de n’être pas aimé pour ce que j’étais, je devenais quelqu’un que je n’étais pas. Depuis, je comprends mes sentiments, ils sont réels, forts, authentiques et dénudés de toutes peurs. Je m’ennuie parfois de ce manège qui me donnait le vertige, les sensations fortes, le vent dans le visage qui fait perdre le souffle, qui mouille les yeux. Je ne m’ennuie pas de la descente aux enfers, vers ce mur qui vous défigure pendant plusieurs mois. Je suis seul parce que je suis resté moi-même.  J’ai décidé de ne pas me faire aimer si ce n’était pas pour moi qu’on le faisait. Je ne veux pas être l’idée idéale d’une relation qui ne tient pas debout. J’ai changé comment je faisais les choses, j’en arrive au même point. Peut-être que c’est juste pas pour moi tout ça. Peut-être aussi parce que j’ai rencontré la personne que j’ai été avant, simplement pour me dépeindre ce que j’ai pu être pour d’autre, mais je l’ai tout de même aimé, fondamentalement, chaque jour qu’elle m’a permis d’être à ses côtés.





Fusion

7 01 2018

Se fondre, ne faire qu’un. Renaitre par le fruit de ce que l’on n’est pas. Donner naissance à l’autre, par hasard, mais surtout par envie. Mon système s’affole simplement à l’idée de te quitter, que pour une seconde, un temps, un respire. Puis j’ouvre les yeux et tu es toujours là près de moi. Dans ce silence monastique, nos bouches ne se parlent plus, nos mains nous cherchent, nos lèvres se touchent, pour se rassurer enfin. Je peux être ce que je suis enfin, sans fin, sans jugement sans peur. Je peux dormir tranquille lors que ton respire me berce jusqu’au matin. J’ai l’impression qu’on ne fait qu’un seul être, un être qui apprend plus vite, qui s’apprend souvent, qui se découvre chaque fois. J’ai l’impression d’avoir retrouvé ce que je cherchais depuis toujours. J’ai l’impression de m’être trouvé moi, de t’avoir fait une place, car tu m’as laissé la même dans ton coeur. Je n’ai peur de rien, je crois que je me suis laissé aller dans tes bras sous tes baisers. Je te désire chaque moment qui passe, le temps n’existe plus, mais la vie passe vraiment trop vite. Je mettrais tout sur pause, car je n’ai jamais assez de temps pour apprécier celui que je passe avec toi.





Les petites maladies mentales

13 10 2016

Je suis là sur le divan, incapable de me concentrer, j’ai la tête qui déraille, à gauche, à droite. Je me sens pris au piège, obligé, je ne peux pas rester là. Je ne sais même pas pourquoi je viens écrire ici, je ne sais même pas ce que je suis censé écrire ici, j’ai joué avec mes petites maladies mentales et me voilà, encore à tapocher des mots sur un clavier qui me reconnait par mes empreintes digitales. Des petites maladies mentales, on en a tous, des petites manies obsessives qui des fois pourrissent notre vie, des fois nous font sentir bien. Par le passé j’ai eu des petits moments où ça ne servait à rien, classé des punaises par couleur sur un tableau de liège, classé tous mes achats compulsifs en ordre alphabétique, acheté compulsivement, d’abord des CDs, puis des DVDs. Aujourd’hui tout ceci est disparu, sans laisser de trace, sinon que j’ai des CDs et des DVDs bien classés et faciles à retrouver. Je ne classe plus, je n’achète plus ces trucs. Aujourd’hui ce qu’il en reste, peut-être les livres, mais les livres je passe à travers, il ne reste pas sur une tablette, je lis, puis je passe au suivant et mes livres se promènent de mains en mains. J’ai concentré ces obsessions dans mon travail, j’analyse des données, des tas de données que je classe, pour les autres, ceci me sert énormément, avec ma tête toute logique, je vois des tendances dans ce que je classe, ça sert, croyez-moi. Aujourd’hui, j’ai remarqué une autre petite maladie, un petit truc que je faisais avant au boulot et qui est rendu chez moi. C’est aussi un peu la raison pour laquelle je suis là à écrire encore ce soir, à ne pas être capable de rester devant la télé à regarder le vide, c’est pour ça aussi que j’ai marché en revenant du boulot, que j’ai lu 30 minutes à mon réveil, et que ces habitudes perdurent depuis une semaine déjà. Au boulot, quand je suis un peu trop débordé par les demandes qu’on me fait, je fais une liste, la liste me permet rapidement de gérer mon temps, de mettre les choses en place, mais surtout, de terminer la liste, parce que je déteste laisser des choses en plan sur une liste.

J’ai téléchargé une application sur mon iPhone, Habitify, qui me permet de faire des listes, des listes de choses que j’ai envie d’accomplir, apprendre, créer, écrire, lire et qui me fixent des objectifs selon ce que moi j’ai déterminé… Faire une nouvelle recette par semaine, faire 30 minutes d’exercice, lire 30 minutes. Ça peut peut-être paraitre anodin, mais depuis que j’ai fait cette liste, j’ai vraiment beaucoup de temps pour moi. Ah oui, j’oubliais, dans la liste c’est aussi écrit… Écrire un long texte le weekend (+800 mots) et un petit chaque jour (800- mots). Merci petite maladie mentale!





Je lis

12 10 2016

Je lis. Je ne fais que lire page après page, je me raconte des histoires. Des histoires de guerre, d’après-guerre, des histoires d’amour, des histoires de famille. Je lis des histoires d’ici, surtout, des histoires qui me ressemblent, m’ont ressemblé ou qui sont complètement différentes. Je découvre une vie qui n’est pas la mienne, une vie où je n’ai pas à me plaindre, une vie inventée, plus colorée que celle que j’ai. Je lis des histoires de papa mort et je pleure, je pense à mon père, je pense, à ma mère qui pense à mon père, je m’interroge sur la vie, sur la mienne, sur ce que j’en fais. Je lis des histoires étrangères, de gens qui sont venus habité ici, qui sont bien parce qu’où ils étaient, il ne neigeait pas, il pleuvait de bombe sur leur tête. Je suis là à me regarder me goinfrer des histoires des autres, ça me rend heureux, j’ai l’impression de partager certains moments de leur vie, ce qu’on veut bien me laisser voir. J’envie les gens qui écrivent leur histoire, ils ont le goût, le temps, la discipline pour le faire. Puis je me trouve chanceux, de pouvoir lire, de pouvoir les consommer, les uns après les autres, Marie Demers et sa fuite du deuil dans In Between, Maya Ombasic qui aime son père d’un amour inconditionnel dans Mostarghia, Guy Delisle en images et en mots dans les chroniques birmanes et j’en passe. Tant de plaisir, tant de déception de tourner cette dernière page chaque fois, c’est comme mourir un peu, le dernier souffle d’une histoire qui me manquera, car je ne relis pas mes livres, je m’en souviens, je les donne pour en faire profiter qui voudra bien les lire. J’écris et je pense à lire, m’enfuir de ma réalité, de mes mots si souvent partagés, si souvent similaires, usés par le temps, usés par ce qui a été mon passé. Je lis pour fuir moi aussi, pour laisser le temps passé sans moi, pour m’appuyer sur quelqu’un qui a quelque chose à me raconter, qui le mérite, qui provoque chez moi tant d’émotions. Je lis tout, sur tout, il me manque d’yeux, de cerveaux, de temps pour tout lire tout apprendre. Le temps file, comme dans ces livres, à plus ou moins grande vitesse. Le temps d’un livre qui devient pour moi un arrêt dans le temps, où je n’ai plus besoin de penser, ou je prends mon temps. Je vais lire.