Glissant

8 07 2012

Elle ne le savait pas avant de commencer à courir que le plancher était couvert de lames de bistouri, peut-être était-ce parce qu’il faisait noir et que la bête qui la suivait avait vraiment faim. La peau de ses pieds se détachait comme la peinture sur le mur de la vie qui laisse tomber ses ans. Le résultat allait finir par être le même, elle se disait qu’il valait peut-être mieux tenter de s’en sortir que de se laisser abattre là, après tant d’efforts, son corps ayant subit autant de souffrance, il ne restait que quelques mètres à sa vie, à ce qui restait de la distance qui la séparait d’un but ultime, celui qui semblait maintenant le seul en vue, en vie, mourir. Souhaitant que le temps, le sang de ses pieds, de la peau qui se détachait, ralentirait l’élan de la créature qui la suivait, une sorte d’entrée, de hors-d’oeuvre, de chance qui aurait pu lui sourire un instant, un dernier instant. Ses pieds visqueux devenant de plus en plus glissants n’étaient pas là pour l’aider, elle s’étala de tout son long sur le sol, emportant en elle toutes les lames sur son passage. Seule dans le noir, le temps n’était pas le bienvenu pour pleurer, ses blessures ouvertes lui donnaient simplement cette envie. Dans le silence, enrobé seulement du respire de son assassin, un souffle bruyant sur sa nuque, un liquide qui semblait être un mélange de salive et de sang, elle ferma les yeux dans l’obscurité.

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Des fois, j’aime pas le bruit

4 03 2012

Il ne reste plus personne dans le restaurant, en fait moi, le café, la serveuse et le cuisinier. Tout à l’heure, on était presque une douzaine si je ne compte pas le radio. Savoir combien on était, ça ne serait pas vraiment difficile, mais ça prendrait du temps et de la patience. Un peu de temps pour rassembler les morceaux, les classé par couleur, puis par grandeur et finir par un tout qui m’identifierait bien les têtes. Je me souviens dans le temps on commençait par faire le contour, puis on finissait par le milieu, je suis certain que ça serait encore comme ça aujourd’hui, c’est comme le vélo, ça ne se perd pas. Ce qui est bien dans tout ça, c’est que personne ne s’est senti mis de côté, personne n’est arrivé comme un cheveu sur la soupe, c’était une surprise communautaire, un carnage dans un grand crescendo. Moi, j’avais la tête vide, je ne savais pas quoi écrire et ils sont arrivés, les femmes et les enfants d’abord. Les couples formés la veille ensuite, puis une vieille fille avec sa famille, moi, seul comme dans mes habitudes. Plus ça allait, plus je me faisais engloutir par le bruit. J’ai attendu un peu, des fois l’euphorie des sorties d’un dimanche où on ne va pas à la messe, ça fait son temps. Mais non, on dirait qu’ils jouaient tous à je t’enterre, tu m’enterres, maintenant j’essaie de leur dire que j’ai gagné, personne ne peut m’écouter. L’important c’est de se mettre devant la porte, pour s’assurer que personne ne tentera de prendre la fuite. La surprise, voir tous ces visages qui se demandaient, mais qui comprenaient pas trop ce qui se passait. Je me sentais un peu artiste, tantôt commençant par les bras, tantôt les jambes, les cris m’ont rapidement fait perdre mon avance du je t’enterre, tu m’enterres, je n’ai pas pris de chance, la tête c’est ce qui devait partir en premier. Il n’y a pas beaucoup de différence entre un cou musclé et celui tendre que j’aime embrasser, quand t’as un couperet bien affûté. Le plancher était glissant, je me suis quand même rendu pour terminer par la radio. J’ai épargné la serveuse et le cuistot. La première pour avoir établi qu’on allait se faire des signes dès que j’étais prêt et le cuistot, parce que j’ai faim et qu’il m’a prêté son couteau.





C’est arrivé un neuf

9 02 2012

C’est arrivé, comme ça, j’étais ici, je regardais là, rien de particulier, rien ne bougeait si je ne bougeais pas. Puis c’est arrivé, un moment donné, sans vraiment m’expliquer, je me suis mis à raconter quelques mots pour que le silence soit brisé. Deux, trois mots, au fil des deux, trois bières que je m’enfilais, sans que personne vraiment le vît. J’ai pris plaisir, à simplement écrire, tout ce qui me passait par la tête, sans vraiment que je m’y arrête. Et le vent me souffle à l’oreille « Man.. Tu es en train d’avoir une conversation avec toi! », par chance, j’ai pu me rabattre sur le fait simple que peut-être quelqu’un lirait, un jour, quelque part, anonyme, d’une ombre inconnue, de la rue. Je me suis tue, tué ce vent qui passait par là, me rappelant un peu le pourquoi tout ça a commencé, c’était quel jour déjà… bouge pas… je crois que c’était un 9… quoi d’autre, je réagis toujours les 9… aujourd’hui, la preuve et ce n’était même pas prévu. J’ai vu ça, je me suis mis a éternué, l’allergie du neuf, ça sentait la plante, de quoi on parlait déjà… ah oui, le 9. Je ne sais plus, si c’était le début ou la fin, quelle importance en fait? Tout est arrivé à cause de toi, t’aimes quand je t’accuse? Moi je dis que c’est madame chose, avec le pipe wrench, dans le living room… fucking living room, par chance que les murs ont que des oreilles, parce que s’ils avaient aussi eu des yeux ils auraient bavé de toutes leurs bouches. Il y avait vraiment quelque chose de spécial, je m’en rappelle, comme si c’était hier, mais ce n’était pas le neuf hier… donc demain je recommencerai, ça devrait marcher. J’ai cherché après, pas longtemps parce que je savais que ça ne donnerait pas grand-chose, y en a juste une comme toi et je dis pas ça pour te plaire là, je dis ça vraiment parce que tu es unique, tant mieux pour l’humanité que j’ai tenté de protéger en te gardant pour moi. Si j’étais demain, je dirais que tout ça, bien c’était hier, mais ça avait commencé bien avant. Tu ne le sais pas, moi je ne sais pas pourquoi je le sais, en fait, ça rien à voir avec le savoir. Je ne sais pas ce qui c’est passé, un jour, c’était peut-être un neuf aussi, j’ai juste compris, j’ai juste senti, un peu trop, comme si le volume était fort, comme si je n’avais pas vraiment besoin d’écouter, juste sentir, je sais. Ce n’est jamais la même chose, le même pourquoi, le même temps de l’année, c’est probablement souvent un 9. Il est presque neuf heures, rien n’a changé, combien de mois, combien d’années, j’ai la main sur le fil, ça se trémousse encore un peu, bip, bip, bip, toujours plus lent, suis-je encore conscient? Sur le cardiogramme, je me sens ralentir, doucement, je le sentais déjà, comme un instant de folie, une pure joie quand je pense à toi, puis je l’arrête, doucement, 12, les yeux fixés sur le moniteur, 11, allez mon coeur rappelle-toi, 10, je sais qu’encore que tu le sens, 9… Shlack! biiiii_______________________________p.





C’est un marteau

8 02 2012

Je l’ai suivi, tout d’abord de loin, mais toujours de plus près. Il m’avait vu en quittant l’immeuble, saluer en passant, je l’aimais bien mieux devant. C’est la première fois que je le suivais. Habituellement, il est contre moi, probablement du fait que j’ai un peu plus de trente ans, il n’a pas vu ça souvent. Il est contre moi sans raison, sinon simplement celle d’être contre moi, je ne comprends pas. Il m’a appelé, m’a demandé de l’aider, j’étais vraiment occupé. Monsieur se fait engueuler, simplement parce qu’il ne m’a pas écouté, a pris encore les devants et s’est planté royalement. J’ai cette nature coupable au travail, si je sais que je peux aider quelqu’un, je me sens dans l’éternel besoin de lui venir en aide. Je lui ai dit non, un jour seulement, je lui ai laissé un message le lendemain, pour lui signaler que j’étais maintenant disponible pour l’aider. Il ne me rappellera pas, l’orgueil bien ancré, il n’a pas besoin d’aide, surtout plus de moi, mais bon j’ai quand même tenté. Je sais très bien que son travail au noir me reviendra directement dans les dents, dans celle de tous ceux qui m’accompagnent dans cette lutte sans merci où seul lui sera perdant. Nous, on en a vu d’autres, sa douleur ne fait que commencer, mais il ne le sait pas encore. Nous on a jongler avec des couteaux, des torches, des dildos, rien ne nous fait peur. Ce soir, je l’ai suivi, j’aurais aimé qu’il soit d’accord avec moi. Je ne lui ai pas laissé de chance, au coin d’une rue sombre où seul au loin un lampadaire régnait, je l’ai interpellé, il s’est arrêté et c’est retourné pour me regarder, je n’étais qu’à quelques pieds. Je lui ai montré et il m’a demandé « Mais qu’est-ce que c’est que ça? », un sourire brillait dans mon visage, d’un calme je lui ai répondu, « C’est un marteau! » et avant de me dire qu’il était en désaccord, c’est après quelques coups que j’ai enjambé son corps, le laissant là dans la lumière, ayant la certitude qu’il ne me ferait plus de tord.





Recherché

5 01 2012

C’est à coup de hache que j’ai vidé son crâne. Je voulais savoir ce qu’il y avait dans sa tête. Je me suis élancé plusieurs fois pour faire face à ce vide toujours plus rouge, toujours plus vide. Depuis le premier coup, plus rien ne bouge, je suis à me demander si son discours sur l’amour n’était pas moins vide que son corps maintenant livide. Je voulais voir ce que ses mots cachaient, ses mots tant de fois répéter simplement pour rappeler, pour ancrer, pour infiltrer la tête de ceux qui voulaient bien l’écouter. L’amour, l’amour, toujours un sujet où les verbes utilisés peuvent plaire autant que blesser. Comment il a pu? Est-ce moi qui avais mal compris? Il est trop tard maintenant pour tout remettre en place. Je n’ai plus le coeur à l’ouvrage, il me lève enfin. Mes pieds glissent dans le visqueux de ses paroles encore sur le sol. « Je te le jure sur mon sang » qu’il me disait, « je te le jure sur la tête de mes enfants », juste avant que la lame ne fasse qu’une avec son arcade sourcilière qui s’est rapidement ouverte pour laisser sortir un peu plus de mensonges. N’était-il pas heureux juste avant de fermer la porte de chez elle? Juste avant de mentir de tout son être à lui-même? C’est la bête que je voulais voir, celle qui mélange tout, celle qui saoule l’être de mille tentations. Celle avec qui je marche depuis des lunes et que je connais sur le bout de mes doigts. Je voulais voir sa bête, ce qu’elle faisait encore caché dans les limbes de son corps tout entier. Je ne l’ai pas trouvé. J’ai déposé le manche et un genou sur le sol, dans la marre visqueuse de ce qu’il restait de lui j’ai compris. J’ai compris que je fus bête de chercher en lui la bête, car c’est probablement l’homme que je n’ai pas trouvé.