À qui tu mens?

27 03 2017

À qui tu mens? Oui c’est à toi que je parle. Toi qui es quelqu’un et personne à la fois. Toi qui es tous, mais qui ne te reconnais pas, peu ou jamais. Je te croise partout, au travail, dans la rue, dans les bars. Je te vois partout, garçon, fille, c’est vraiment sans importance. Je te vois, te rencontre depuis que j’ai l’âge de me souvenir qu’un couple existe, depuis l’âge d’être allumé par le couple, depuis l’âge que je rêve de rencontrer la femme de ma vie, juste une, une seule. Le temps avance, 25 ans depuis le début de ce que je me souviens, surement plus, mais je trouve que c’est un bon départ. Je me questionne sur ce que je fais pour ne pas que ça marche, je ne suis pas moche, je ne suis pas croche, je ne suis pas celui-là qu’elle cherche. Je suis l’autre, celui d’en attendant. Je suis brillant, allumé, peut-être un peu trop là par moment pour l’autre. Je suis un passionné, j’aime faire pour l’autre tout ce qui est en mon pouvoir pour la faire sourire. Je me suis peut-être cultivé un plant d’amertume depuis ce temps. Un plan d’amertume silencieux, qui s’accroche dans ce que je suis, qui grandit, où je ne parle jamais, comme si c’était tabou, depuis le début. Au début c’était comme ça, moi j’étais là, une troisième roue qui suivait, je ne sais même pas pourquoi je suivais. Jeune, j’ai toujours eu peur qu’on ne m’aime pas, qu’on me laisse pour contre, alors l’opportunité faisait que je suivais. J’ai suivi dans cette maison où je te perdais toi et ta copine, celle de la Rive-Sud parce qu’on sait très bien qu’il y en avait deux autres ailleurs qui t’attendais aussi. Moi j’en voulais juste une qui aurait pu m’aimer. Je n’ai peut-être rien compris. Ça, c’était juste toi, t’as grandi et tu n’as pas changé d’un poil. Je me demande même si ce n’est pas un peu la cause de ta séparation, là-bas on ne peut pas tout savoir, on a une version, la distance, le silence. Cette conversation que tu avais eu pas longtemps après ton mariage, me disant qu’il ne fallait pas que tu reviennes en ville, que tu ne serais pas capable de t’en empêcher…

Ça, c’était toi, mais vous êtes des centaines, je n’aurai jamais assez de vie pour tous vous compter. Ce qui m’impressionne le plus, c’est que vous vous croyez. Vous vous croyez quand vous mentez, « Je l’aime ma blonde! », 3 bières plus tard, la main d’une « amie » se balade partout sur le corps de l’autre. « Ma blonde je peux y faire confiance, je sais que ce n’est pas le genre qui va draguer tous ses clients », peut-on se dire que t’as manqué de faire en sorte que je te crois. Je crois que moi j’ai de la misère avec le mensonge. Dis-moi que tu es en couple ouvert, dis-moi que tu es incapable de pas tromper ta blonde, dis-moi rien. Laisse moi croire, qu’il y a une fille quelque part qui peut dormir sur ses deux oreilles parce que son copain l’aime elle. Et c’est vrai pour l’autre côté aussi, je parle des gars, mais ça vaut pour l’autre sexe. Je parle des gars parce que c’est eux qui me parlent. Je n’ai pas de problème avec la liberté, j’ai un problème avec le mensonge, celui qu’on me fait à moi, mais celui qu’on fait au reste de la planète. Des fois je me dis… et si je parlais, et si je disais juste la vérité. J’ai l’impression que je ferais juste partager ma désillusion avec le reste de l’univers, je me demande si j’irais bien après.

J’ai toujours dit à mes amis que s’ils m’impliquaient dans leur mensonge, je ne mentirais pas. J’ai toujours dit que je dirais la vérité, je n’ai jamais eu à répondre, mes amis savent que je suis honnête quand je dis ça.

Je me suis imposé une trop grande rigueur. Je déteste la phrase « Toute vérité n’est pas toujours bonne à dire. », j’aime mieux parler au risque de blesser les gens un instant, puis que ça passe. Je vis mal avec le mensonge. Des fois, toutes ces histoires me font demander si je ne suis pas jaloux. Je n’ai jamais trompé une de mes blondes, je n’ai même jamais trompé mes amies de lit. C’est plus fort que moi d’être qu’à une seule femme. Aujourd’hui, je suis amer. J’ai juste envie de crier à l’injustice. Je ne suis pas un super-héros, mais je me dis que j’aimerais que les gens arrêtent simplement de se mentir. Les gens devraient allez vers un peu plus d’intégrité, ils seraient peut-être plus heureux. Je me demande ce que je peux faire, et mon impuissance me brûle énormément.