La vague

6 10 2018

Bon matin,

Je t’écris parce que je t’aime, tout simplement. Je sais que tu me connais et que je ne dis pas les choses aussi simplement. J’ai vu samedi, tes yeux se remplir d’eau quand tu as vu mon tableau. Quand tu as vu « Bonne fête papa » en grosse lettre blanche sur mon tableau noir. Je voulais simplement que tu saches que lorsque je l’ai écrit, j’ai pleuré, ça m’a pris un temps fou à écrire ces treize petites lettres-là, pas par manque d’inspiration, mais parce que chaque lettre était aussi lourde que les quatorze années qui nous séparent de lui. Je sais que le temps passe et que les souvenirs semblent toujours aussi lourds pour toi. J’imagine que c’est normal à quelques parts, tu n’as pas vécu la même chose que moi, du moins pas de la même manière. Quand je te dis que la mort fait partie de la vie, simplement pour que toute cette expérience soit plus acceptable, plus douce, toi tu veux raccrocher, t’en aller, ne plus en parler. Je ne tente jamais de te retenir, je sais que ça fait mal, je ressens ce mal qui t’habite, c’est un peu pour cela que j’insiste pour alléger ta peine. Maintenant, tu essaies même de reproduire l’événement, en vrai, pas juste dans ta tête, encore et encore, tu entres dans cette croisade pour la vie en t’attachant à un autre qui disparait peu à peu. J’aimerais te prêter ma tête, simplement pour que tu puisses accepter qu’il soit parti, qu’il partira, qu’il ne s’en sortira pas, qu’il ne reviendra pas. Je vois toujours cette tristesse dans tes yeux, j’aimerais tellement la soulager, te donner un moment de répit, ne serait-ce qu’une minute. Je vois encore cette vague qui arrive, qui repartira avec celui que tu aimes, qui te laissera seule sur la rive, les yeux vers l’horizon, à chercher papa dans le creux d’une vague, en attendant qu’il refasse surface. N’oublie jamais que quand tu seras pris dans ce creux de vague, je serai là à côté de toi parce que je t’aime maman.

Publicités




J’ivre

2 10 2018

Il fait frais, il fait froid, un peu comme mon verre, un peu comme moi. Le mercure doucement descend un peu comme mes verres, un peu indécents. À la recherche de chaleur, à la recherche d’un toit, de toi, de moi, je ne sais pas. Je m’assois sur un tabouret, tout bourré, sentant un peu la fumée, sans feu. Je recommence à outrance, en espérant que ça change, en espérant toi que je ne connais pas. Il est dans tes yeux le feu, sans fumée, sans moi. Il brille de mille feux, sans fumée, sans bois. Je bois, sans fumée avec ce feu à côté de moi, dans tes yeux, je le veux, je le vois, je le bois. Je me vide à verre plein et je me plains à verre vide. J’ai cette tendance et je recommence, j’ai du rythme à outrance. Je ne tente jamais ma chance. Je n’ai peut-être pas assez froid. Ou peut-être trop froid, le coeur gelé, sans haut-le-coeur, encore, mais sans être sans coeur. J’ai pris froid quelquefois, quelque part ou quelqu’un, il y a quelque temps, je ne sais plus pourquoi, mais j’ai froid. Puis je pense à toi, souvent sans vraiment prendre le temps, parce que ça arrive, sans que je sois toujours ivre. Quand mes yeux tombent dans les tiens, au lieu de t’embrasser je bois chaque fois sans fin. Mes lèvres se taisent à tort. Puis viens le temps où tout ceci prend fin, où je paie en vain et où je m’en vais. Dehors je vais, il fait toujours froid, mais beaucoup moins que moi. J’ivre au lieu de vivre sans savoir ce qui m’arrive. Quelque chose fond ou je confonds à boire tous ces fonds sans fin, toujours je me retiens.





Chercher le trouble

22 07 2018

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ? J’ai payé plus de trois cents dollars pour me faire démolir la gueule, je ne me suis même pas rendu au dernier round. Il m’a fallu seulement le 13e pour que je le sente profond, une boule dans la gorge, de l’eau dans le coin des yeux, un punch directement là où ça fait mal. Je le savais un peu avant même de me lancer dans l’expérience. Si j’avais à en choisir un, ça aurait été celui-là, celui-là même du pourquoi j’étais là, parce que c’est toi qui m’y as mené quelque part. J’ai quand même décidé de le faire, par nostalgie, par masochisme, par inconscience, pour prendre conscience. J’ai manqué partir, pour pleurer en boule dans un coin, mais je suis resté là au grand soleil à me calmer, à tenter de reprendre mon souffle, tenter de me convaincre que j’avais fait la bonne affaire. La bonne affaire… relativement j’ai surement raison, sur le coup, quel coup! J’ai voulu être sûr de mon coup, j’ai pris 31 représentations en 20 jours, rien de moins, que du bon cinéma sinon, que la fille qui se transforme en sirène, t’aurais vraiment aimé, plus pour la forme que pour le film. Les douze premières fois, je t’ai cherché du regard, à travers la foule, dans les avants, les pendants ou les après-représentations. La 13e fois je savais que c’était elle là, ça avait tellement de sens, je savais même d’où tu arriverais, c’est toi qui m’avais montré le chemin. Quand je t’ai vu, le bonheur s’est transformé rapidement de joie, à malaise pour finir en tristesse. T’étais pas seule, qu’est-ce que je croyais. J’ai toujours été un grand rêveur, celui qui s’accroche trop longtemps pensant que ça va changer. L’éternel positif, qui voit le bon derrière chaque personne, qui se pète la face dans le mur pour les mêmes raisons. Je t’ai toujours voulu heureuse, j’espère que tu l’es maintenant, semble que je ne t’aimais pas comme tu le voulais, c’est un peu comme ça dans la vie, on s’attend toujours à quelque chose de différent, on s’autoconvainc que c’est une bonne idée, quand on recule, on pense encore que c’est une bonne idée. Du moins moi j’y crois. Je me suis rendu compte d’une chose, que même si je pense tous les jours à hier, que je fais du bruit pour me rendre compte d’aujourd’hui, je sais que demain ça passera, ça toujours passé, là c’est juste que je n’étais pas rendu là, ça m’a pris par surprise. C’est quand même moins cher qu’une thérapie que d’aller voir des films pendant 20 jours.





On se manque

6 05 2018

On se manque toujours, par le hasard des choses, par habitude ou par conséquent. On se manque toujours, d’un poil, de cheveux, d’une seconde. Je trouvais drôle qu’on se manque tant, car quand je te manque, tu me manques terriblement. J’en finis même par mélanger les concepts qui deviennent un peu flous avec le temps. N’être pas arrivé à temps ou être parti trop tôt. Simplement éviter, connaitre, savoir pour m’assurer d’être ou ne pas être là. Toi quand tu me manques c’est pas pareil, on dirait que tout tourne autour de moi, pas par égoïsme, mais par amour.

Amoureuse… dans amoureuse, je n’existe pas, tu es amoureuse de moi, mais je n’ai rien à y voir. Sinon peut-être que le nom, l’idée que l’on se fait, mais je ne suis pas dans l’équation. C’est sans égal, sans être négatif ni positif. C’est réaliste, mais pas vraiment réel, ça existe, mais ça ne compte pas. On est l’idée projetée d’un concept un peu flou qu’on a appelé l’amour quelque part où on ne savait pas comment exprimer ce que l’on ressentait, quelque part où l’on croyait bien faire, et pas mal faire, bien… mal. Certains détruisent, d’autres s’inventent, chacun tente de faire différent, de faire vrai, de faire son possible pour être heureux. Concept que j’ai perdu un peu avec le temps, heureux… malheureux, aucun des deux. Je suis satisfait, insatisfait, je suis drôle, je suis triste, je suis seul… mais heureux qu’est-ce que c’est?

Je suis fatigué de manquer de toi, de tout, de nous. J’empile les souvenirs, les secondes qui passent à travers la poussière, le silence et la solitude. Je regarde mes projets de haut, mais c’est eux qui m’ont dépassé. Je suis dépassé, je vois tout trop grand, trop vaste, j’ai le vertige. Je perds l’équilibre, sur le fil, sur la corde raide. Au moment où je n’y crois plus, un message sur mon téléphone, rassurant quelque part, je sais que quelqu’un veut la même chose que moi même si on ne se rejoint pas. Je suis l’éternel optimiste qui s’accroche à la petite portion d’humanité qui reste tant bien chrétienne, mais qui me rappelle une chose, la valeur de mes valeurs, l’amour d’un rêve qui s’est estompé trop vite, mais qu’au fond de moi, je continue à caresser.





Je t’ai cherché

26 03 2018

Je t’ai cherché sans le savoir vraiment. Je t’ai trouvé par hasard, d’un premier regard. Tu ne me regardais pas, du moins pas en même temps, la magie de cette vitre qui nous séparait. Puis je t’ai aimé, beaucoup, tout d’un coup, au complet, en un instant, sans vraiment me demander pourquoi, seulement parce que je le savais, comme chaque fois, je me trompe rarement. Je le sais, simplement parce que je le sens, c’est comme ça. Je n’ai rien demandé, parce que je demande rien, je me satisfais, simplement parce que c’est moins difficile après, quand le temps passe, quand le temps casse. Je n’ai pas vu venir ce coup-ci, ce coup-là dans la gueule, je n’ai pas compris ce qui s’est passé, j’ai attendu, encore et encore, que tu reviennes… sans nouvelles. Je ne t’ai plus cherché, je savais que t’existais, quelque part. J’ai juste attendu, encore et encore, jusqu’à se que mon corps se détériorise, espérant que ce serait ma mémoire qui flancherait en premier, ou mes pores qui ne cessent de te réclamer, mais ça n’a rien donné. Le temps ne fait que le prendre trop souvent. Il me laisse las à chaque fois. Il me fait me questionner sans arrêt. Puis je finis toujours par y comprendre pourquoi je t’ai cherché, sans vraiment le savoir, pourquoi je t’ai laissé filer, sans que je puisse serrer les doigts assez fort pour te retenir encore.





Sensible

25 02 2018

Je suis seul. C’est peut-être plus simple maintenant, moins douloureux. C’est vraiment triste par contre, parce qu’à deux c’était bien dans le temps, quand on partageait nos soupers, nos soupirs, nos sourires et nos désirs. Seul, je fais la même chose qu’à deux. Le sexe est plus platonique seul, tout comme les déjeuners, les diners, les soupers. C’est peut-être juste à cause de la vie tout ça. C’est peut-être juste parce qu’à un moment donné, je suis trop resté moi, je n’ai pas pu être différent au début, je n’ai pas pu être sur un High fictif qui fait qu’on a un Down horrible avec le temps, quand on retombe les pieds sur terre, quand l’autre se rend contre qu’on est peut-être plus terne qu’on le pensait. Le mur, qui arrive un jour ou l’autre, en plein visage, sans prévenir. Celui qui fait craquer les os du corps lors de la force d’impact, qui nous laisse tout mous, tout flasques sur le sol. J’avais décidé de ne pas aller là, pour faire différent, pour me rassurer, pour me protéger de l’impact du mur, sans savoir s’il viendrait un jour. Quand le mur est arrivé, ça fait moins mal, mais ce n’était pas moins désagréable dans l’ensemble. Je suis capable de ça parce que docteur m’a un petit peu hypnotisé dans le temps, m’a juste fait voir ma vraie couleur parce que je croyais que je ne méritais pas l’amour qu’on voulait me donner. Toujours une peur quelconque non fondée qui tournait dans ma tête, qui m’emportait, loin de la réalité, loin de ce que j’étais en train de manquer, loin de ce que je perdais chaque fois que je le faisais. Moi qui n’a jamais trompé personne, moi qui pense toujours à l’autre, qui à toujours une attention inattendue, une surprise surprenante, une oreille qui ne fait pas juste se tendre ou prétendre. Quand souffle devenait un ouragan, qui m’emportait dans le doute, la crainte, mais surtout l’angoisse de n’être pas aimé pour ce que j’étais, je devenais quelqu’un que je n’étais pas. Depuis, je comprends mes sentiments, ils sont réels, forts, authentiques et dénudés de toutes peurs. Je m’ennuie parfois de ce manège qui me donnait le vertige, les sensations fortes, le vent dans le visage qui fait perdre le souffle, qui mouille les yeux. Je ne m’ennuie pas de la descente aux enfers, vers ce mur qui vous défigure pendant plusieurs mois. Je suis seul parce que je suis resté moi-même.  J’ai décidé de ne pas me faire aimer si ce n’était pas pour moi qu’on le faisait. Je ne veux pas être l’idée idéale d’une relation qui ne tient pas debout. J’ai changé comment je faisais les choses, j’en arrive au même point. Peut-être que c’est juste pas pour moi tout ça. Peut-être aussi parce que j’ai rencontré la personne que j’ai été avant, simplement pour me dépeindre ce que j’ai pu être pour d’autre, mais je l’ai tout de même aimé, fondamentalement, chaque jour qu’elle m’a permis d’être à ses côtés.





Être

12 02 2018

De tout mon être, je suis. Je suis seul et las. Je suis déçu et fatigué. Je suis triste. Je suis tout ce que j’ai souhaité être sans être ce que je n’ai pas voulu. J’ai été sûr de moi, sûr de mes valeurs, sûr de mes convictions et de mes motivations. J’ai toujours été comme ça. J’ai toujours dit les choses, sans voile, sans ombre, brut. Je ne suis pas une brute, mais je suis brut. Je suis toujours dans une certaine vérité, une vérité certaine, à me demander si je fais la bonne chose, si je ne fais pas fuir les gens, parce que je suis, par qui je suis. Je n’ai pas l’ombre d’une malice, pas l’ombre d’un opportuniste, je ne fais qu’être ce que je suis. Je suis un passé, un présent et un futur. Un passé décomposé, un présent indulgent, un futur imparfait. Je suis né hier, vivant aujourd’hui et mort demain. Je suis chaque jour ce que je peux de mieux. Je prends les uns comme ils sont et les autres, je ne les connais pas. Je rêve de pouvoir être sans avoir à me soumettre. Je rêve de ne pas avoir à changer pour ne pas échanger. Je reste convaincu, mais encore vaincu de ne pas pouvoir être pour l’autre ce que je suis. Je reste insatisfait, suis insatisfaisant face à celui que je ne suis pas. Je reste. Seul à me demander si un jour je pourrai, simplement être, qui je suis, car je ne suis rien d’autre que cet être, là et maintenant las.