Une chance

22 01 2017

Tu sais ce que t’as, mais sais-tu ce que tu pourrais avoir? Si tu te donnais la peine, si tu prenais la chance d’aller voir. C’est peut-être différent de ce que l’on pourrait imaginer, là tu sais ce que t’as, tu ne sais pas ce que tu pourrais avoir, ça reste tout flou. C’est comme un brouillard épais. Comme la petite dame qui ne sait pas si elle doit prendre le dix-sept mille dollars de son enveloppe choisie, son choix à elle qui n’avait que rien a se mettre sous la dent, et quand je dis sous la dent, je n’exagère que très peu, car je suis à une ou deux de ce qui compose sa dentition. L’histoire n’est pas là, elle, elle n’a rien avant d’y aller, elle arrive là, les poches presque aussi vides que ça bouche. Peu importe, le montant, elle peut flancher, rien ou quelque chose. Quelque part, elle repart plus riche, plus d’argent pour elle, pour passer un mois ou deux de plus, dépendant comment elle s’investit à le dépenser, simplement un choix différent d’investissement. Je sais, c’est une question de feeling, faut le sentir pour y aller, si tu le sens pas, tu n’y vas pas. Je suis comme ça aussi, j’ai de la misère à avancer quand je ne le sens pas. De toutes mes histoires, c’est arrivé qu’une fois que je suis retourné voir en arrière, que j’ai « essayé », parce que pour moi c’était pas juste un essai, j’avais envie de ça, même si ma tête me disait de faire le contraire, j’ai juste écouté mon coeur. Et bien, j’ai compris que les deux discutent ensemble, c’est comme un complot entre les deux, que je choisisse la tête ou le coeur, je me fais avoir, y sont jamais de concert, jamais de duo, à part quand c’est un non total, mais même là, le non total c’est le coeur qui a parti le bal pendant que la tête avait déjà décroché. Des fois, je prends des chances de me faire confiance, la tête ou le coeur, c’est peut-être juste une impression qui fait que je sais ce que j’ai, mais j’oublie ce que je pourrais avoir.

Défi du jour: L’oeuf ou l’enveloppe

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Elle me dit

22 01 2017

Elle a commencé par me dire mange. Je n’ai pas écouté, par affront ou parce que je n’avais pas faim, avec le temps je me dis que c’est parce que je n’avais pas faim. Je ne mange pas trois fois par jour, même si c’est recommandé. Ensuite, elle me dit parle, dis tout ce que tu penses, ne garde pas ça en dedans de toi. C’est là que j’ai commencé à écrire. Je crois que c’est parce que les gens m’énervent à parler pour ne rien dire, toujours, pour combler le silence qui entoure délicatement mon être. Je mets en mots ce que je ressens, pas ce qu’il fait comme température dehors ni mon désaccord pour un politicien plus véreux qu’un autre. Même si parfois je rage, je tente d’éviter de faire parler les autres, sauf un peu cette année, où je vois les réseaux sociaux se remplir de plus en plus d’idioties par le plus commun des mortels, simplement parce qu’il croit. Les gens s’attachent à leurs croyances aujourd’hui biaisées par toute la désinformation qui nous est donnée.

Pendant que sa mère disait que j’allais en briser des coeurs, elle me disait simplement d’aimer. Simplement. Je l’ai écouté, je ne sais pas si j’ai procédé de la bonne manière, mais j’ai aimé, comme j’ai pu, comme bon me semblait et mon coeur a été brisé. Mainte fois, assez pour que je n’en aie plus envie. Peut-être parce que ma main accrochée à ma dernière relation me laisse les doigts tout blancs à force de m’agripper, je ne veux pas lâcher, tout pour moi est encore bien là, j’ai fait plus d’un test.

Puis maintenant elle me parle, elle me dit des choses pour me protéger, comme lorsque je n’avais pas l’âge de réfléchir. Moi je réponds souvent comme un adolescent devant elle, puis quand elle se détourne je l’écoute bien souvent. Je sais qu’elle fait ça par amour, je sais qu’elle fait ça pour moi, je sais que je l’aime aussi, alors je l’écoute, je suis comme ça. Et que dans bien des cas, c’est bien elle qui a raison.

Défi du jour : Ma mère me l’avait dit.





Présent… Passé…

7 01 2017

Je suis tout ce que j’ai pu devenir jusqu’à maintenant et travaille pour devenir ce que je ne suis pas.
Tu es ce dont j’ai toujours rêvé, désiré, perdu
Il est parti, il y a bien des années déjà et me manque
Elle est toujours là, qui s’inquiète, m’écoute, me conseille
Nous sommes rendus tellement pathétiques que l’ennui s’installe autour de nous trop rapidement
Vous êtes ce que nous avons été
Ils sont endormis, castrés, si loin de la réalité
Elles sont en colère, nos mères, nos soeurs

J’ai été  vraiment beaucoup trop triste au courant de cette vie
Tu as été un soleil, un sourire, la femme de ma vie
Il a été malhonnête, chanceux, heureux
Elle a été présente, tolérante et grandissante
Nous avons été une génération innocente, insouciante, différente
Vous avez été ce que nous serons
Ils ont été plusieurs à tenter de s’expliquer sans vraiment être pardonnés
Elles ont été beaucoup trop patientes

Défi du jour : Être





Deux fois

7 01 2017

Je me souviens de peu de choses qu’il disait. Il était comme ça, un homme de peu de mots qui relatait souvent le passé bien plus que le présent. Un passé qui lui plaisait de raconter parce qu’il y avait des prouesses qui lui permettaient de bomber le torse, plutôt que de serrer les poings, les dents. Il était de roc mon père, un homme fort. Un homme qui n’avait pas vu ce que l’on voit à l’école, mais qui avait compris à sa façon dans la vie, à la dure, à coup de vent, à coup de coeur, à coup de poing. C’était quelqu’un qui a su me surprendre, quand un jour, épuiser par le travail, par le patron, par tout ce qui en découlait, j’étais revenu à la maison, j’avais éclaté en sanglots, c’était l’hiver, il ne travaillait pas. M’entendant m’effondré dans ma chambre, je n’avais que 17 ans, il me dit de sa voix la plus douce qui était toujours aussi forte « Qu’est-ce qu’il y a? » et moi doucement de lui répondre entre deux sanglots, après un respire, « Je suis tanné de ma job! ». Ce cri sortait des tripes, du fond de moi, du fond de mon être, ça avait muri avec le temps, pris de l’ampleur, de la superficie, toute la place. Mon père n’avait pas les mots complexes, il avait peu de mots, il les a donc tous réunis pour simplement me dire « Ben arrête de brailler et trouves-en une autre! ». Rien de plus vrai, rien de plus simple. Chaque fois que je sens que ça ne va pas au bureau, je repense à lui, à ces mots tout simple, à cette solution qui reste, la meilleure quand on a essayé d’y faire.

Le temps a passé, j’ai trouvé mon père encore plus fort, à travers la maladie, à se battre sans cesse, chaque jour, jusqu’au dernier. Ce dernier jour où j’ai pu me retrouver que quelques minutes seul avec lui, où tous étaient passés, où ma mère peinée avait quitté l’espace de quelques minutes sans plus. Je me tenais accoudé à son lit, une main dans la mienne, les larmes coulant sur mes joues, je ne savais plus quoi dire, quoi faire, quoi comprendre. Si près de lui, mais si loin de ce qui lui arrivait. Et c’est à ce moment où je lui ai dit une parole, une simple phrase qui fait qu’aujourd’hui quand j’y pense encore, je ne peux m’arrêter de pleurer, même si j’entends encore sa grosse voix. Une parole qui restera toujours, entre lui et moi.

Défi du jour : Arrêter de pleurer





Café chaud

7 01 2017

Ça a sonné. Non pas à la porte, à la cuisine. Non pas le four, la cafetière, elle te dit qu’elle est fatiguée d’être chaude pour toi. Pourquoi tu y vas sans tasse. Tu vas juste la rallumer? C’est pas un peu agace ça? Un clic est c’est terminé pour elle, rien de plus, pas plus d’attention. Tu lui fais comme tu fais avec moi souvent. Tu n’as pas de coeur de la laisser seule comme ça. Et tu dis que tu fais ça pour moi? Je n’en bois même pas de café, en fait je n’en bois même plus, j’ai arrêté, comme quand j’ai arrêté la cigarette, mais pour vrai, sans retour en arrière, sauf un samedi de temps en temps au brunch, le bol de café au lait, tu ne peux quand même pas m’en vouloir. Tu te souviens, j’ai arrêté quand on était au pays de l’espresso, parce que j’avais le vertige, d’arrêter m’a suffi. Depuis, j’ai recommencé quelques samedis par mois, et quelque dimanche à la maison. Ce n’est pas vrai que c’est comme une drogue, j’aime vraiment le goût, la preuve c’est que je bois que le décaf. En fait je buvais que le décaf, la dernière fois j’ai acheté un kilo de Sumatra parce qu’il était à rabais, il faut que je pense aussi à faire des économies. Tu me rapporterais une tasse? Non, non pas une petite, une normale de tasse là. T’en as besoin? Non, non, n’en refait pas, donne-moi ce qui reste alors. Pourquoi suis-je rempli de contradiction? Je ne dis pas tant une chose et son contraire, pourquoi tu dis ça. D’accord ça m’arrive parfois. Ok, ok assez souvent… Mais j’ai ben le droit de changer d’idée. Et ton café c’est pourquoi? Oui, mais bon, je n’aime même pas ça le dessert moi. Je sais bien qu’on ne peut pas recevoir sans dessert, ça ne fait pas chic. Quel genre de dessert fais-tu? Ha… ouin… ben ça j’aime ça par exemple.

Défi du jour: Tiramisu





Autour de moi

7 01 2017

J’ai cessé de sortir de chez moi, depuis au moins un mois. Je me terre dans ma caverne, à l’abri des regards, des mots, des dévisages des gens qui habitent autour. Quand je suis sorti, simplement pour l’épicerie, je me suis couvert, le plus que je pouvais, parce qu’il fait froid, mais aussi par besoin d’anonymat. Je n’ai pas envie de verser et de converser des mots qui ne veulent plus rien dire avec ceux qui m’entoure, ceux qu’on appelle les voisins, ceux qui disent toujours qu’ils me protègent, ils savent que je suis seul, ils sont là pour moi, sympathiques, toujours aux aguets, comme des fouines en fuite de leur vie monotone. La mienne ne l’est pas, du moins j’y crois, ma vie est plus monochrome, tout dépend de ces deux couleurs, en fait toutes les couleurs réunies ainsi que leur absence. Mes voisins me cherchent, ne me voit plus vraiment, ils me voient qu’apparaitre et disparaitre, rapidement. Je n’ai plus trop confiance en eux. Depuis presque huit ans maintenant, ils se disent amicaux, joviaux, toujours là. Il surveille quand je ne suis pas là, pour s’assurer que personne n’approche, que personne ne vient, même le facteur est suspect. Ils n’ont rien compris. C’est pourquoi il me cherche maintenant que je ne sors plus. S’ils me protègent quand je ne suis pas là, que font-ils quand je suis là? N’ont-ils pas compris qu’ils me protègent de tout sauf de moi?

Défi du jour: Hood





Disjoncté

7 01 2017

Dans ma tête électrique, parcours un circuit électronique, fait de zéro, d’un, des décisions qui ne dépendent simplement que d’un choix, l’absence d’un autre. Tout est réglé, mesuré, compté au quart de tour, sans détour, j’analyse les possibilités qui se subdivisent. Je ne laisse rien au hasard, car certains croient qu’il n’existe pas. Je ne me réserve aucune surprise, je laisse cela aux autres. Je suis un minutieux maniaque du détail et de la cédille, je prends toujours le soin de préciser, je sais que ça en énerve plus d’un, c’est plus fort que moi. Quand sur des pages blanches mon crayon s’applique à décrire des lignes trop droites, trop parfaites. Ma main qui tremble un peu, depuis toujours, ne me laisserait pas prendre un scalpel, mais un crayon oui. Ce petit zigzag fin dans ma ligne m’enrage, ce n’est pas parfait, ce n’est pas droit, ce n’est pas moi. Pas moi dans ma tête, moi dans les faits, car personne n’est parfait. Je m’énerve, parce que les parcours empruntés par ma tête ne sont pas ceux que mes mains, mes gestes, mon être suivent toujours. J’ai toujours un mot pour tout, j’aime relancer, j’aime discuter, j’aime avoir raison, comme tout le monde quoi. J’ai cette folie tranquille d’admirer les brouillons, les gens qui sont incapable de faire une ligne droite parce que ça leur lève le coeur, ça les rend fous, je les rends fous. Je m’énerve par moment, j’aimerais comme mon trait soit brouillon, un peu sale, comme les dessins de Joann Sfar, que mon cerveau disjoncte au contact du crayon, du clavier. Que je cesse cette droiture, cette limitation de pensée qui me fait faire des lignes droites, des courbes parfaites, des dessins sans bavure. J’aurais besoin qu’on change mon programme, un peu, simplement pour faire différent, rien de bien drastique, qu’une petite modification de logistique. Revedenir dégourdi comme dans le temps, le temps où je ne pensais pas à demain, pas même à hier, surtout pas à hier. J’ai besoin de me faire pirater la tête électrique, un peu, pour que je laisse ma main qui tremble faire ce quelle doit faire, qu’elle donne vie à mes personnages qui n’existe que dans ma tête, pas encore sur papier. Je dois me détacher les idées, les laisser fuir comme bon elles se sentent. Les laisser prendre vie.

Joann Sfar

Défi du jour : Hack